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ABA - La science du comportement

L’ABA (Applied Behavior Analysis) ou analyse appliquée des comportements est une méthode d'apprentissages par objectifs.

Par exemple, si vous voulez apprendre à jouer du piano, il vaut mieux ne pas commencer par essayer de jouer la sonate au clair de Lune de Beethoven !  Pour débuter et progresser, vous allez d’abord vous entraîner à lire une partition, démarrer par un morceau très simple, l’apprendre par petits bouts et essayer de les enchaîner une fois qu’ils sont plus ou moins acquis. Attention, il ne faut pas non plus que cela devienne une corvée, il faut que vous associez la leçon de piano à quelque chose de plaisant, une séance agréable avec le professeur. Il faut aussi jouer du piano régulièrement, être assidu, répéter, répéter pour avoir une bonne technique. Il faut que le professeur adapte aussi son cours en fonction du niveau de l’enfant, travaille ses points faibles. 

Si vous êtes assidu, vous serez étonné de constater que ce qui paraissait insurmontable est devenu avec le temps et de l'entraînement, presque naturel. 

Se laver les dents par exemple, engager et maintenir une conversation, s'insérer dans un groupe et y participer, savoir quoi dire à quel moment, faire des petites courses dans un magasin, pour une personne ordinaire ça s'apprend vite ou bien c'est intuitif. Mais pour une personne autiste, c'est peut-être parfois aussi dur que de jouer directement la sonate de Beethoven ! Alors on décompose ce que l'on veut que l'enfant apprenne en plusieurs séquences, on travaille chaque séquence et on on enchaîne. 

Ainsi on peut développer son autonomie, lui apprendre à faire des demandes d'objets/loisirs qu'il désire, autrement qu'en pleurant ou criant, apprendre le chacun son tour, à faire des jeux collectifs, apprendre les compétences de base indispensables comme la lecture, l'écriture, etc...En tenant compte de ses compétences et spécificités bien sur.

Un comportement est une action : cela peut être par exemple rire, taper sur un clavier d'ordinateur, dire bonjour, boire, demander un biscuit, imiter un son, froncer les sourcils, penser, crier, lire un texte sur un écran d'ordinateur etc... 

En général, c'est l'équipe qui suit l'enfant (enseignant, psychologues, éducateurs, parents etc...) qui décide quelles compétences vont être appris. Il est donc nécessaire de prendre en compte le contexte de l'enfant, de pouvoir mesurer les comportements que l'on veut augmenter ou diminuer, d'évaluer les compétences de l'enfant à la base. Tout ceci fait partie d'un programme éducatif, qui est individualisé, propre à chaque enfant. 

Pourquoi apprendre un comportement ?

Un enfant avec autisme n'a pas appris les comportements qui nous sont intuitifs car sa perception du monde est différente de la notre, et il peut adopter des comportements qui sont inadaptés en société.

L'analyse d'un comportement permet de modifier un comportement en analysant :

• les conditions, ou le contexte dans lesquelles ce comportement apparaît : ce sont les antécédents à ce comportement, ce qui le précède
• ce qui se passe juste après : ce sont les conséquences du comportement.

 

L'analyse appliquée du comportement démontre que si on change les antécédents et/ou les conséquences d'un comportement adopté, on change le comportement en question.

→ Prenons l'exemple d'un enfant et sa mère à la caisse d'un supermarché. L'enfant voit des bonbons et a l'habitude de les réclamer en criant "je veux les bonbons !". En réaction à ce comportement, la maman a le choix :

    ◊ D'acheter le paquet de bonbons. Dans ce cas il y a de fortes chances que la prochaine fois il les réclame à nouveau, et de la même manière ! Son comportement sera renforcé.

 

    ◊ De ne donner aucune attention à son comportement, et de faire pareil pour les autres fois si ce comportement se reproduit : dans ce cas, il augmentera en intensité la fois suivante, puis l'enfant abandonnera, ayant finalement compris qu'adopter ce genre de comportement ne lui donnera pas accès au paquet de bonbon.

 

    ◊ Dans le premier choix, l'enfant continuera son comportement dans d'autres situations similaires : la maman renforce ce comportement.

 

    ◊ Dans le deuxième choix, la maman décide de faire échouer ce comportement, en ne lui prêtant aucune attention : ce comportement perd sa fonction d'être, sa valeur. Finalement il disparaît. La maman a mis ce comportement "en extinction" , un peu comme si on étouffait un feu en le privant d'oxygène.

Dans cet exemple on se rend compte que la maman a deux choix de comportement, dans une situation donnée, et que le comportement futur de l'enfant sera différent selon le choix de la maman.

Qu’est-ce que le comportement verbal (Verbal Behavior - VB) ?

Dire (ou signer) un mot, c'est un comportement : Ce comportement dépend des conditions ("antécédents") dans lesquelles il se produit, et de ce qui se passe pour l'enfant après avoir dit ce mot ("conséquences"). En analysant les conditions et les conséquences, on peut mettre en place quelque chose qui permettra d'augmenter ce comportement, si on le souhaite bien sûr.

Un comportement verbal est tout comportement renforcé spécifiquement par une autre personne : ce comportement engage au moins deux personnes : cela concerne toute forme de communication car il y a un échange entre deux individus.

Par exemple, dire ou signer « biscuit » à une personne qui a des biscuits, c'est un comportement verbal, car il engage deux personnes. Un enfant qui dit « biscuit » alors qu'il est tout seul n'est pas un comportement verbal. Un enfant qui bouscule un autre enfant pour prendre sa place sur un banc peut être considéré comme un comportement verbal, car il engage deux personnes. Bien sûr ce n'est pas un comportement verbal très adapté !

Le comportement verbal est un programme de traitement intensif qui s’attaque à développer la communication aussi rapidement que possible en utilisant un enseignement dans l’environnement naturel (NET : Natural Environment Teaching) rapidement couplé à un enseignement structuré direct et intensif.
L'enseignement dans le milieu naturel de l'enfant est très largement majoritaire (en temps) dans ce programme : il se fait en suivant les intérêts, motivations de l'enfant. Dans ces conditions, ce que l'enfant apprend a du sens pour lui, car ces apprentissages sont directement reliés à ses motivations. C'est dans l'environnement naturel qu'un bébé apprend, et se développe : il en est de même pour une personne autiste.

Le comportement verbal (VB) et les mots

Si j'écris le mot «pirog» (c'est un mot russe), vous pourriez commenter ce mot : c'est un joli mot, de deux syllabes, il est composé des voyelles i,o et des consonnes p,r,g etc... : ce que vous feriez alors est décrire la forme du mot . Mais en réalité, la question que vous vous poseriez, c'est « comment utiliser ce mot, à quoi sert-il ? » Dans ce cas là, vous vous posez des questions sur la fonction de ce mot. Ou plutot les fonctions, comme nous allons le voir.
Je donne la traduction : ce mot signifie "gâteau". Si vous allez en Russie un jour, vous saurez utiliser ce mot, vous en servir dans toute situation. Pour un enfant avec autisme, ce n'est pas toujours le cas : un autiste ne saura pas forcément se servir de cette information que j'ai donnée.

Pourquoi ? En réalité un même mot a plusieurs fonctions : son utilisation dépend du contexte dans lequel on dit le mot, et de ce qui se passe juste après l'avoir dit.

Un exemple de ce mot utilisé de trois manières différentes :

    ◊ Un enfant montre à sa maman un gâteau dans une boulangerie en disant "gâteau", parce ce qu'il a faim : dans ce cas il dit cela pour l'avoir ! La maman lui achète le gâteau. C'est dans ce cas une demande.

 

    ◊ Ce même enfant peut dire à sa maman "gâteau" en le voyant, parce qu'il en a mangé à midi, et il signale à sa mère qu'il reconnait ce qu'il a mangé: dans ce cas il ne veut pas spécialement le gâteau, il nomme simplement le gâteau. Sa mère est contente qu'il sache nommer le gâteau et le félicite, l'enfant est content et recommencera probablement à nommer autre chose.

 

    ◊ La maman dit à l'enfant : "quel est ton dessert préféré ?". L'enfant répond "le gâteau". La maman répond alors "moi aussi". Dans cette situation, la maman engage la conversation, l'enfant lui répond. Ce qu'il dit dépend des mots de la maman. Le mot "gâteau" est l'objet d'une conversation, et il n'est pas présent matériellement.

 

Dans cet exemple, le mot "gâteau" a trois fonctions. Il sert dans trois contextes différents, et à chaque fois la conséquence de dire "gâteau" est différente.

• Mais..... à quoi ça sert de faire ça ??!!

Un enfant autiste en début de programme" VB" peut très bien savoir reconnaitre un gâteau parmi un ensemble d'aliments, il est peut être capable de répéter le mot « gâteau » sur demande, mais il y a de très fortes chances qu'il ne soit pas capable de le nommer si on lui désigne un gâteau en disant "qu'est ce que c'est ?". Il est probablement incapable de demander un gâteau quand il en veut un. Il est surement incapable de dire que le gâteau est son dessert favori si une personne lui demande de nommer son dessert favori !

Nous, neurotypiques, avons naturellement cette capacité à utiliser un mot à travers toutes ses fonctions, mais pas un enfant autiste. Il faut donc lui apprendre. Le seul moyen pour améliorer la conversation et la communication d'un enfant autiste est de l'entraîner à utiliser un même mot au travers de ses différentes fonctions.
On se rend compte que de ne pas pouvoir généraliser un mot diminue très fortement la communication et la conversation. Un enfant incapable de communiquer et de converser va probablement s'isoler.
Inversement, si on apprend à un enfant autiste comment utiliser les mots au maximum, il s'engagera plus facilement avec d'autres personnes, il sera plus sociable, sera encouragé par le fait qu'il peut être compris, qu'il peut participer à des conversations, cela l'amènera à "aller vers nous". Il trouvera moins de plaisir à rester seul.

Un programme VB s'attaque en premier à la seule fonction pour laquelle la conséquence n'est pas sociale, c'est fonction de demander un objet : la conséquence est la raison même pour laquelle l'enfant fait la demande: c'est l'obtention de l'objet. Et c'est sur cette fonction que le VB travaille en premier avec un enfant en début de prise en charge. Bien sur cela nécessite une haute motivation de l'enfant pour avoir un objet qu'une autre personne détient. D'où le prochain paragraphe.

Le comportement verbal (VB) et la motivation

Pour un enfant ordinaire, la motivation à apprendre est par exemple l'envie de grandir, d'imiter les autres, cette motivation est naturellement présente.
Pour un enfant avec autisme qui n'a pas encore eu de prise en charge spécifique, cette motivation n 'est pas présente, il n'y a pas de « moteur social ».
La singularité du VB est d’utiliser la motivation naturelle de l’enfant pour s’en servir afin de faciliter les apprentissages ; et, lorsque cette motivation n’est pas présente pour enseigner une compétence, il faut la susciter, la provoquer avant d’entreprendre l'enseignement en question. Le principe posé est que la motivation est le meilleur moteur des apprentissages chez l’individu.
Les enfants atteints d'autisme ou de troubles affiliés sont motivés. Dans de nombreux cas leur motivation est plus élevée que celle chez les enfants qui ont un développement typique. Cependant leur motivation se manifeste souvent différemment. On ne peut pas dire qu'un enfant autiste n'est pas motivé et ne peut pas suivre les instructions données, alors que ce même enfant est capable de grimper sur le placard le plus élevé pour avoir la nourriture qui lui a été refusée, ou réussir à trouver le DVD qui lui a été confisqué, trouver le lecteur DVD, le brancher et regarder le DVD en secret.

Pour provoquer cette motivation, il faut manipuler l'environnement de l'enfant (tout ce qui entoure l'enfant, objets et personnes) : par exemple si on veut enseigner à l'enfant la compétence de demander à ses parents son jouet favori, on ne doit pas mettre le jouet en accès libre : on peut le cacher un temps, puis le placer ensuite dans un endroit visible par lui mais auquel il ne peut accéder. La valeur du jouet sera plus forte à ses yeux car il ne l'a pas vu depuis un moment, et il sera hautement motivé pour l'obtenir : il devra alors passer par un adulte pour l'avoir -puisqu'il ne peut pas l'attraper seul- soit en disant « je veux le jouet », soit en signant ou en échangeant une image représentant le jouet, selon son niveau de communication.

La valeur d'un objet pour une personne dépend de la situation, des conditions dans lesquelles se trouve cette personne. La « valeur » d'une pizza sera plus grande pour une personne qui est à jeun que pour cette même personne si elle vient de manger trois parts de pizzas.

Objectifs d'un bon programme VB

Le but d'un bon programme VB est d'identifier les motivations de votre enfant lorsque elles surviennent naturellement, et de les utiliser comme des outils pour l'aider dans son apprentissage. En faisant cela, nous pouvons ajouter de nouveaux objets appréciés qui sont plus appropriés tout en diminuant la valeur renforçante d'activités moins adaptées, comme par exemple ouvrir et fermer une porte pendant des heures.

Pour comprendre cela on peut imaginer une balance à plateaux : le plateau gauche symbolise les comportements adaptés, l'apprentissage avec les autres, et le plateau droit symbolise les activités inadaptées, comme l'autostimulation. Tous les poids sont au début sur le plateau droit. Si on prend des poids du plateau droit et qu'on les met sur l'autre, alors la tendance s'inversera naturellement.

Si vous donnez constamment à votre enfant la motivation pour acquérir une nouvelle compétence et qu'il constate que lorsqu’il réussit il est félicité et qu'il ressent du plaisir, alors votre enfant aura une motivation accrue pour accomplir cette compétence à nouveau et cela l’encouragera à refaire d’autres expériences.

NB : Dans un programme VB, on enseigne de manière à ce que l'enfant soit toujours en position de réussite, justement pour maintenir sa motivation à apprendre.

Si vous appliquez ces deux principes de renforcement (ABA) et de motivation (singularité du VB) à chaque compétence que vous voulez faire acquérir à votre enfant, il commencera alors à apprendre tout ce que vous voulez lui enseigner .

Conclusion

Un bon programme ABA/VB utilise les principes de motivation pour pousser l'élève à acquérir de nouvelles compétences plus difficiles à accomplir tout en se servant du renforcement pour accroître la motivation future et atténuer la difficulté de la compétence. Votre enfant deviendra plus facile à motiver et les compétences futures seront plus faciles à acquérir. Nos enfants peuvent choisir la solitude parce qu'ils ne comprennent pas la nature imprévisible des autres et qu'il leur manque les outils pour interagir avec succès dans des situations qui échappent à leur contrôle. Nous pouvons utiliser les motivations et le VB pour les équiper avec ces outils.